Numéro #201

16 avril 2010

numéro non thématique

Évaluer la souplesse d’utilisation des prairies permanentes par la caractérisation de la composition fonctionnelle de la végétation et la phénologie des espèces

auteur : DURU MICHEL | co-auteurs : Cruz P. - Theau J.P. -

La souplesse d'utilisation des prairies permanentes est une composante mal connue de leur valeur d'usage. Au-delà de l'acception usuelle concernant le temps écoulé entre le départ en végétation et le stade épiaison, nous examinons le rôle de la diversité fonctionnelle de la végétation et nous proposons une méthode de caractérisation. Pour les graminées fourragères sélectionnées, la souplesse d'utilisation au cours du printemps est estimée par le temps écoulé entre le départ en végétation et l'épiaison. Pour les prairies permanentes riches en espèces, nous proposons d'examiner en outre le rôle de la diversité fonctionnelle au travers d'indicateurs rendant compte de la composition en formes de vie (graminées vs dicotylédones) et de la diversité des types de graminées. Les graminées sont qualifiées sur la base de la teneur en matière sèche des limbes (TMS), trait connu pour les classer selon leur préférence pour des milieux plus ou moins fertiles. Deux dispositifs, l'un concernant 19 graminées de prairies permanentes cultivées en culture pure à Toulouse, l'autre 18 communautés prairiales fauchées et pâturées localisées dans les Pyrénées centrales ont été mobilisés. Les observations concernent des stades phénologiques et des formes de courbes de croissance (dispositif 2). Les données du premier dispositif montrent que chacun des stades, épi 5 ou 10 cm, épiaison et floraison, s'étale sur plus d'un mois, et qu'à quelques exceptions prêt, les espèces les plus précoces aux premiers stades le sont aussi aux derniers. Nous montrons aussi que la TMS est corrélée significativement à chacun de ces stades (r=0,60 à 0,82 ; p<0.01). Au niveau des communautés, nous montrons que les dicotylédones fleurissent en moyenne plus tôt que les graminées. En outre que le temps écoulé entre le départ en végétation (date où la biomasse atteint 1,5 t/ha) et la date à laquelle le pic de biomasse est atteint dépend peu du type de graminées. Par contre, la forme de croissance autour du pic est d'autant plus aplatie que la diversité des graminées est grande et cette forme est augmentée par la présence de dicotylédones, en cohérence avec leur date de floraison plus précoce. Comme observé pour les graminées en culture pure, les dates auxquelles sont observés le départ en végétation, le pic de biomasse et les dates de floraison pondérées par l'abondance des espèces (graminées ou toutes espèces) sont corrélées à la TMS calculée à partir de l'abondance des graminées. La diversité des graminées, de même que la présence de dicotylédones contribue à conférer de la souplesse dans les modes d'exploitation, c'est-à-dire ouvre la possibilité d'avancer ou retarder la fauche ou le pâturage sans réduire pour autant la valeur d'usage agricole. Le deuxième enseignement de cette synthèse est que les grandes différences de stades clefs entre communautés (départ en végétation, date du pic de croissance) peuvent être mis à profit au niveau d'une sole fourragère pour créer de la souplesse à ce niveau. Enfin, cette étude montre qu'il est possible de caractériser la souplesse à partir de relevés botanique simplifiés, limités aux graminées, à partir desquels on calcule la TMS pondérée, sa variabilité et une estimation de la proportion de dicotylédones.

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