Réflexions méthodologiques sur l’utilisation de l’herbomètre Grasshopper® pour le suivi spatio-temporel d’une prairie pâturée
La prairie permanente est un écosystème complexe, composé d’un cortège d’espèces formant une communauté végétale régie par des interactions. La composition et la structuration de cette communauté végétale sont soumises à différents facteurs, en lien notamment avec les conditions pédoclimatiques, les pratiques agricoles, mais aussi les traits intrinsèques des espèces. Ces facteurs agissent sur la prairie aux échelles spatiales larges (région, paysage) mais également de manière beaucoup plus locale. À l’échelle intra-parcellaire, l’hétérogénéité liée aux propriétés physico-chimiques du sol peut entraîner des différentiels de potentiel agronomique qui se répercutent sur la composition botanique et la productivité de la prairie.
Dans le cadre du pâturage, l’action des animaux introduit une source supplémentaire de variabilité du couvert. La sélection alimentaire opérée par les animaux conduit à un pâturage inégal et à l’apparition de zone de refus et/ou surpâturées. La répartition aléatoire des déjections entraîne une hétérogénéité d’amendement qui impacte la repousse. Ces effets dépendent par ailleurs du rythme de pâturage, du chargement, de l’espèce animale et revêtent une dimension temporelle.
Ainsi, la prairie constitue par nature un milieu hétérogène, d’autant plus lorsqu’elle est gérée par du pâturage.
Cette variabilité spatiale représente une difficulté dans le cadre des suivis de prairie, notamment lorsque l’on s’intéresse à des échelles spatiales fines. Intégrer cette variabilité et la suivre au cours du temps de manière répétée et non destructive est un défi qui appelle au questionnement des méthodes de suivi et d’échantillonnage et de leur capacité à produire une représentation fidèle de la zone d’étude.
Nous sommes confrontés à ces questions dans le cadre d’une étude menée sur le démonstrateur agrivoltaïque INRAE-ENGIE Green « CAMELIA » situé sur le site de l’Unité Expérimentale INRAE Herbipôle de Laqueuille (63). Ce démonstrateur associant panneaux solaires verticaux et pâturage bovin fait l’objet depuis 2023 de suivis par prélèvement d’échantillons de biomasse offerte et de biomasse potentielle (biomasse accumulée sous des cages de mise en défens) dans le but de caractériser la dynamique de pousse et de consommation de l’herbe sur la parcelle. 28 emplacements sont prélevés régulièrement au cours de la saison de pousse dans des cadres de 50x50 cm situés à différentes positions entre et autour des rangées de panneaux solaires.
Ces suivis ont permis de mettre en évidence la limite de ces prélèvements très localisés face à l’irrégularité multifactorielle du couvert prairial. En complément, des mesures spatialisées sur l’ensemble de la parcelle à l’herbomètre Grasshopper®, mesurant la densité de hauteur d’herbe, sont donc réalisées avec une résolution élevée (~1500 points/ha, quadrillage hebdomadaire de la parcelle). Ce jeu de données a été sous-échantillonné à différents niveaux et comparé à un jeu de données issu d’un protocole de mesure plus léger, type aide à la décision (165 pts/ha, parcelle parcourue en diagonale), de manière à apprécier l’impact de la méthode et de l’intensité d’échantillonnage sur la qualité des données à plus ou moins grande échelle. En 2025, un système de géoréférencement des mesures a été mis en place de manière à produire des cartographies de hauteur d’herbe. De plus, des mesures à l’herbomètre sont effectuées sur les emplacements de prélèvement de biomasse au préalable de chaque coupe de manière à mettre au point et tester un modèle d’estimation de la biomasse offerte en vue de la spatialiser.
Journées de printemps 2026 Rôle des prairies et des fourrages dans la transition agroécologique
Auteurs
- BEREYZIAT Nathan
- CANDILLIER Léa
- SIGAUD Quentin
- Tyssandier Jacques
- Darsonville Olivier
- GALLIOT JEAN-NOËL
- PICON-COCHARD Catherine
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