Numéro #205

31 mars 2011

Récolte et valorisation des fourrages conservés : les clés de la réussite (1ère partie)

Transformation des plantes au cours de leur conservation et conséquences sur leur valeur pour les ruminants

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La constitution de stocks de fourrages conservés est indispensable pour alimenter les animaux au cours des périodes durant lesquelles la croissance des plantes prairiales s'arrête ou est insuffisante.Ces stocks peuvent être constitués au moment où la pousse de l'herbe excède les besoins des animaux, essentiellement au printemps donc, et à partir de cultures dédiées comme le maïs fourrage.
Conserver un fourrage suppose de stabiliser le matériel vivant qui le constitue initialement, le fourrage vert. Cette stabilisation peut être obtenue soit par voie sèche qui nécessite la dessiccation du fourrage jusqu'à une teneur en MS de 85%, soit par voie humide qui nécessite la conjonction de l'anaérobiose et de l'acidification du milieu. On dispose maintenant d'une large palette de techniques dans chacune des voies de conservation, ou bien les combinant, permettant de réaliser des fourrages conservés à des teneurs en matière sèche (MS) variant de 20 à 85% : ensilage en coupe directe, ensilage préfané,ensilage mi-fané, foin séché en grange par ventilation, foin séché au sol. Les processus mis en jeu et les conséquences des différentes techniques de conservation sur la valeur alimentaire des fourrages sont désormais bien connus pour les principaux paramètres de la valeur alimentaire, et pour les fourrages classiques. Ils ont pu faire l'objet de relations quantifiées utilisées pour prévoir leur valeur.
Pour les fourrages fanés, la rapidité du séchage (en limitant les pertes par respiration et par lessivage) et la conservation des parties feuillues sont les clés pour maintenir la valeur alimentaire la plus proche possible de celle du fourrage vert. Le séchage par ventilation d'un fourrage ayant atteint rapidement 50-55% de MS, ou le fanage au sol par beau temps permettent d'obtenir les meilleurs résultats.
Si les techniques d'ensilage permettent de maintenir la valeur énergétique du fourrage ver tinitial, leur principal problème réside dans la diminution importante de l'ingestion lorsque les produits des fermentations secondaires (acides gras volatils, amines) sont présents en grande quantité, et dans la diminution importante de la valeur azotée du fait également des produits de fermentation et de l'augmentation de la dégradabilité de l'azote. Pour l'herbe, limiter la formation des produits de fermentation et la solubilisation de l'azote passe par l'utilisation de conservateurs efficaces pour les coupes directes ou par le préfanage. La technique des fourrages mi-fanés enrubannés, souple à mettre en œuvre, permet d'obtenir des fourrages bien conservés de valeur alimentaire suffisante pour des animaux à besoins modérés.
Les conséquences des différentes techniques de conservation sur les composés d'intérêt pour la qualité des produits et la santé (acides gras, micronutriments, acides aminés) restent à mieux préciser. Des pistes sont à explorer pour améliorer la qualité des fourrages conservés et mieux prendre en compte l'aptitude à la conservation dans l'élaboration des mélanges fourragers et des prairies multispécifiques. L'utilisation de plantes riches en glucides solubles ou de plantes contenant des composés secondaires (tanins à des concentrations ne diminuant pas la digestibilité, polyphénol-oxidase) limitant la solubilisation de l'azote devrait permettre d'améliorer la valeur alimentaire des fourrages fermentés. L'aptitude au séchage des plantes fourragères nécessiterait également d'être plus étudiée. 

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Changes in plants during conservation and the consequences on their nutritional value for ruminants

Conserving forage implies stabilizing the living material naturally composing it. Different conservation methods can be used offering a wide range of techniques for obtaining forage with a dry matter content ranging between 20 and 85% : direct-cut silage, semi-wilted and wilted silage, field-dried hay and barn-dried hay using ventilation... The processes at stake and the consequences of these different conservation techniques on key nutritional parameters are listed and described below. In order to minimize loss and preserve high nutritional values, successful haymaking should involve fast drying and preserving leaves, where as successful silage production should involve pre-wilting or using effective preservatives.The nutritional value of haylage, which is easy to produce, is enough for animals with moderate nutritional requirements. Options have to be explored in order to better take into consideration the question of conservation when implementing multispecies grassland. 

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