Journées de Printemps 2019

du 12 mars 2019 au 13 mars 2019

Les bénéfices de l’élevage à l’herbe sous toutes ses formes

Introduction : La prairie entre intérêts publics et (des)intérêt des éleveurs

PEYRAUD J.

La prairie représente 42% de la surface agricole française avec 25% pour les prairies permanentes, 12% pour les prairies temporaires et 5% pour les landes et estives. Deux exploitations sur trois sont concernées par la prairie permanente. La prairie permanente est surtout présente dans les zones de montagne humide, dans le Grand Est et en Normandie. La production des prairies est très variable selon les territoires mais elle dépasse 10-12 t MS/ha dans plusieurs zones, notamment dans l’Ouest et les Pyrénées occidentales. La prairie contribue à l’autonomie protéiques des élevages et produit beaucoup de protéines par hectare, et notamment beaucoup plus que l’ensilage de maïs dans les territoires ou les deux productions coexistent, même si les rendements en maïs y sont plus élevés en moyenne. De très nombreuses prairies exportent bien plus de 170 kg N par ha et par an.
La prairie fournit de très nombreux services environnementaux et sociétaux qui sont reconnus par le citoyens européens. Il faut notamment rappeler ses contributions à l’entretien de la biodiversité grâce à la diversité des espèces prairiales, notamment celles des prairies permanentes, mais aussi grâce à sa contribution aux mosaïques paysagères, au maintien d’habitats et de corridors écologiques et des zones humides. La prairie est ainsi essentielle pour la faune sauvage et la moitié des espèces d’oiseaux dépendent des habitats prairiaux pour leur nourriture et leur reproduction. La prairie permet aussi de réduire l’usage des produits phytosanitaires car ses surfaces ne reçoivent pratiquement jamais de traitements et l’introduction de prairies au sein des rotations culturales permet de rompre les cycles des parasites. De ce fait les systèmes de polyculture élevage semblent avoir un plus grand potentiel pour réduire l’usage des produits phyto que les systèmes de grandes cultures. La prairie contribue aussi à la durabilité des sols, non seulement en limitant les risques d’érosion mais aussi parce que les sols sous prairie sont très riches en organismes vivants et que la présence de prairie permet d’accroitre la biomasse microbienne et les activités des enzymes impliquées dans la dégradation de la matière organique, la dynamique du phosphore, du soufre et de l’azote. La prairie stocke par ailleurs du carbone mais l’intensité du stockage est très variable selon le climat, la conduite de la prairie et elle se ralentit après une quarantaine d’année. La prise en compte de ce stockage permet d’abaisser l’empreinte Carbone nette des systèmes de ruminants, notamment en élevage allaitant où elle est réduite de moitié, la prairie représentant une part très importante de l’alimentation annuelle de ces troupeaux. Concernant les produits qui en sont issus, la prairie permet de produire des produits animaux de haute valeur nutritionnelle, plus riches en omega-3, en caroténoïdes et polyphénols et ayant une flaveur plus intense que ceux issus de systèmes intensifs. Ces propriétés sont valorisées par de très nombreuses AOP et IGP fromagères. La conduite des animaux au pâturage est reconnue être favorable au bien-être des animaux puisqu’ils peuvent y exprimer leurs comportements naturels et les choix alimentaires et pour leur santé, le pâturage paraissant réduire des pathologies comme les mammites, les boiteries et les acidoses. Mais ce tableau très positif doit malgré tout être modulé par le risques accru de certaines pathologies métaboliques comme les tétanies d’herbage et une exposition accrue aux parasites et aux maladies vectorielles.
Au niveau des élevages, la prairie semble globalement sous utilisée. La comparaison des données de suivi des réseaux de croissance de l’herbe d’une part et des quantités d’herbe valorisée par les troupeaux laitiers d’autre part montre que 20 à 30% de l’herbe produite ne serait pas consommée par les troupeaux et ce dans toutes les régions pour lesquelles des données sont disponibles. Cet écart peut s’expliquer sans doute par les pertes avec les fourrages récoltés, une gestion non optimale du pâturage durant la saison et la non valorisation de l’herbe poussant à contre saison qui entre en sénescence. Si en zone de montagne, les élevages de ruminants restent basés sur la valorisation de la prairie et qu’il n’y a de fait pas d’autres choix possible, il y a de grandes différences de conceptions fourragères selon les éleveurs en zone de plaine, certains développant des systèmes herbagers alors que pour d’autres les systèmes herbages sont des systèmes « passéistes », peu sécurisés et difficiles à conduire. Le développement ces dernières années de connaissances approfondies pour mieux gérer les troupeaux à l’herbe et le développement d’outils d’aide à la décision ne semblent pas de nature à convaincre ces éleveurs. D’ailleurs l’agrandissement des troupeaux laitiers (+2 vaches/troupeau/an en moyenne) associé au développement des robots de traite conduit à une régression de la pratique du pâturage, les éleveurs préférant alors le maïs ensilage et le zéro pâturage en dépit des surcouts engendrés. Il y a donc une forte disjonction entre la vision sociétale très favorable à l’herbe et au pâturage et l’évolutions de certains systèmes en zone de plaine sous l’effet de différents facteurs. L’évolution de la demande des consommateurs vers des productions en AB, ou plus locales ou sans OGM ou respectant le bien être animal ou encore le souci de leur santé par une nutrition équilibrée sont autant de demandes en faveur du maintien du pâturage. D’ailleurs dans plusieurs pays comme l’Allemagne, l’Espagne, les Pays Bas, le Royaume Uni ou la France un créneau de consommation se développe autour du « lait de pâturage ». Toutefois, compte tenu des cahiers des charges demandés pour le lait de pâturage et le bonus prix pour le lait, cette demande n’est malgré tout pas de nature, à infléchir très sensiblement l’évolution des systèmes, du moins aujourd’hui. Seule une nouvelle PAC volontariste permettrait de soutenir la prairie en considérant une rémunération pour les services écosystémiques fournis par les systèmes herbagers en allant bien au-delà des niveaux de subventions permis par les MAEC. Le stockage de carbone et la biodiversité, voire la régulation des flux de N dans les zones d’élevage intensifs pourraient être des services reconnus. L’idée pourrait être le maintien de la conditionnalité au non retournement et un niveau de paiement différencié selon les types de prairies en indexant les montants sur des obligations de moyens et en distinguant les prairies selon leur composition et leur âge, les services rendus étant plus important avec des prairies de longue durée et des légumineuses. On pourrait ainsi distinguer par ordre croissant les praires de graminées de courte durée ; les prairies de graminées et légumineuses de courte durée et de durée plus longue, les prairies permanentes intensives et les prairies permanentes extensives pour lesquelles, Chevassus-au-Louis avait déjà évalué dans son rapport de 2009 les services rendus à 600 €/ha/an.

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